The Pirates Gospel _ Alela Diane

The Pirates Gospel _ Alela Diane


Lazphodelia.


PREMIERE PARTIE




- Nathan, ça sert plus à rien de vivre ici.
- Je veux essayer encore.
- Il y a trop de souvenirs.


Alors il a ouvert la vieille porte délabrée de l'appart de Kay et il est parti dans le noir, se perdant dans la nuit, souffle rauque au creux de son corps, souffle chaud dans les draps froids de Mélody. Elle était nue, entre deux draps bleu ciel qui respiraient la clope, l'alcool et le sexe. Au plafond la lumière chancelait envoyant des ombres dans la rue où Nathan cheminait en quête de rien, ou juste d'un peu d'espoir. Autant dire rien à notre époque. La boîte à musique ne tournait plus et on entendait le faible grésillement dans le salon. Enfin ce qui servait à la fois de salon, de cuisine, de chambre et de hall d'entrée. Mélody dormait. Nathan réveillait le quartier avec les tambours de son c½ur. Et Kay, simple passant, espion, il les observe en se disant que c'est la dernière fois qu'il les verra. A jamais pour toujours mon amour, Shaûnipul dans ta tête. Comme si tu croyais qu'un jour tu trouveras un monde du nom de Lazphodelia.

- Là-bas, il y en a tu sais.
- Ce là-bas n'existe pas.
- Une feuille blanche. Crayons de couleurs. Papier mâché. Arc-en-ciel sur carton. Noir et blanc multicolore.
- J'ai oublié.


Madame Couleur range soigneusement pinceaux, crayons, fusains, pot de peinture, et feuilles de papier dans l'armoire magique et ferme son bonheur à double tour. Mais ce n'est pas grâce, ce n'est pas grave elle le rouvrira demain matin, dès la première heure, quand l'odeur du pain monte jusqu'à chez elle, quand le soleil se lève en même temps que les travailleurs, quand le chant des oiseaux comme toute musique dans l'oreille.
Chez Madame Couleur on se sent un peu ailleurs, trop souvent de l'autre côté de la terre et peut-être même ici. C'est tellement loin ici...Sur les murs recouverts de grands draps blancs il y a des tableaux du monde entier, on voit l'Himalaya, les plaines de Mongolie, les temples japonais les désert d'Afrique, les grands lacs américains, les banquises d'Alaska, les fjord de Scandinavie, la forêt amazonienne, les mers les plus profondes, et tellement de choses encore...Il y a juste trois tableaux qui sont posés par terre et vu la poussière qu'il y a dessus ça doit bien faire quelques éternités qu'ils sont là et que personne n'y a touché. Avant de rentrer dans sa chambre Madame Couleur y jette un coup d'½il, vagabond comme son c½ur, déjà parti au pays des rêves, peut-être celui de Nosfell, et soupire. Un rire ? Soupe aux vermicelles. De toutes façons elle ne mange plus que ça depuis des mois.
Il y a un tableau qui représente un mont neigeux et allongé dans la neige comme sur une plage un jeune homme joue au cartes en sirotant un jus de n'importe quoi. Et sur la mer, mer bleue comme les gouttes de pluie il y a un drakkar qui vogue, un peu comme si il voguait sur le ciel. A côté, un autre tableau. L'désert du Sahara avec le soleil qui pourrait te faire exploser les yeux, et au loin, à l'horizon il y a un glacier qui se dresse, droit, imposant, rieur, transparent, comme les nuages qui n'en finissent pas de faire la course avec le vent. Sur le troisième tableau on ne peut pas voir ce qu'il y a. Trop de poussière, pas assez de lumière et un peu trop oublié surtout. Madame Couleur ne peut pas le regarder parce que ça lui rappellerait...Lui. Et parfois on préfère oublier.

- Nathan tu vas faire quoi maintenant ?
- J'vais aller te regarder danser au cabaret.
- Arrête.
- Et si je vivais un peu, qu'est-ce que t'en dis ?
- J'en dis que t'en es pas capable sans Mélody.
- C'est à cause d'elle que je suis comme ça.
- J'sais bien.
- Alors quoi ?
- Alors, avec elle à tes côtés tu te sens trop con pour respirer normalement, mais tu dois quand même vivre pour deux parce qu'elle quelqu'un lui a volé sa vie.
- Mais elle est encore là...
- Parce qu'on lui a pas fauché son existence. Exister sans vivre...Imagine le mal que ça doit faire...

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# Enviado em Terça 01 Abril 2008 10:00

Country Road _ Adam Green

I
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Ambiance tamisée, odeur aphrodisiaque, fumée de cigarette un peu trop présente, il ne voit pas vraiment où il met les pieds et slalome entre les tables. Parfois il sent qu'il marche sur les pieds de quelqu'un et s'excuse brièvement avant de disparaître une nouvelle fois dans la brume de la pièce. Il y a une musique orientale, comme si on se retrouvait de l'autre côté de la planète et la seule source de lumière orangée provient du fond de la salle, mais on ne sait pas trop si c'est un projecteur ou le soleil de l'Orient.
Finalement il trouve une table libre, coincée entre deux murs mais c'est toujours mieux que rien. Il a passé la journée à faire des calculs de données et de statistiques, maintenant ce qu'il veut c'est juste sortir un peu de toute logique et pourquoi pas aussi de la réalité ? Parce que ça fait bien trop mal de vivre dedans au quotidien.
Il reste les yeux dans le vague à regarder la lumière devant lui devenir de plus en plus brillante. Alors une scène se dessine, des projecteurs apparaissent et une femme monte sur scène. Habillée de voiles, de petits clochettes qui sonnent quand elle bouge les pieds un peu trop vite et d'une grande robe rouge, un peu trop sexy pour être traditionnelle. Euphorie, envie, désir...Il ne savait pas trop quoi mais en tout cas ça venait de lui serrer la gorge un peu plus fort que d'habitude.
Il commande un cocktail au nom le plus bizarre possible, Lazphodelia...Vraiment faut être fou pour appeler une boisson comme ça... En tout cas c'est bon, ça pétille et ça te soulève de ton siège en te menant comme sur un tapis volant au pays des mille désirs, des envies inavouées et des euphories au goût de citron vert...

- Excusez moi, comment s'appelle la femme qui a dansé tout à l'heure ?

Deux heures du matin. Le spectacle est fini, rentre chez toi, là où personne ne t'attend sinon la réalité, rentre chez toi, là où rien ne vit sinon ton désespoir.

- Laquelle ?
- Celle qui a des clochettes aux pieds et qui te fais voyager rien qu'avec le regard.
- Oh elle...Personne ne connaît son nom. Elle se fait appeler l'Hirondelle.
- L'Hirondelle...
- Mais entre nous on l'appelle l'Inconsolée.


Ce soir il n'avait pas envie de rentrer chez lui, il est arrivé essoufflée à trois heures du matin chez Zaina et a tambouriné à la porte comme s'il demandait le droit d'asile. Chez elle, il pouvait y venir n'importe quand, Zaina ne dort jamais ou alors elle fait juste semblant, parce que ça lui fait trop mal de quitter ses dessins pour se replonger dans le tableau de la vie. Elle a ouvert la porte et sans un mot elle l'a pris dans ses bras en baragouinant tout un discours en sénégalais. Mais même si elle faisait semblant d'être furieuse de le voir débarquer en pleine nuit il comprenait bien que c'était sa manière à elle de montrer son amour...Elle était comme ça Zaina.

- Zan' faut que je dessine.
- Faut toujours dessiner, sinon tu vis plus.
- T'as une toile pour moi ?
- Pou' toi j'en aurais toujours.


Elle est retournée dans sa chambre en chantant qu'elle était heureuse et lui, devant la toile blanche, assis à côté du chevalet il a dessiné. Non cette fois il n'a pas peint des paysages où il les averses dévastent tout. Cette fois il a peint une hirondelle pleurant des larmes de pluie dans un pays où il ne pleut jamais.


Country Road _ Adam Green
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# Enviado em Terça 01 Abril 2008 10:19